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CONCERT DONNÉ EN HOMMAGE AUX ARTISTES ESPAGNOLS DE LA RÉPUBLIQUE

"MUSIQUE ET POESIE"

14 avril 2007
Salle Cortot, Paris


Thème :
Il s'agit de faire revivre - à travers un concert - cette génération perdue, dite "génération de la République", de ces musiciens et poètes espagnols, qui ont souffert, dans leur développement artistique personnel, des circonstances tragiques qui suivirent la rébellion militaire de juillet 1936.


 
 

 

 


avec la participation et/ou le soutien de :

 

l'Office Culturel de l'Ambassade d'Espagne

l'Association Hispania

 

 

Disques Mandala

 

 

La Maison de Catalogne

 

 

LES INTERPRETES

 

   Rafael Andia, guitare
 Evelyne Boix-Moles, poésie
 Oscar Cáceres, guitare
 Tania Chagnot, guitare
 France Clidat, piano
 Carlos Marin, guitare
 Antonio Maya, guitare flamenca
 J-Francisco Ortiz, guitare
 Claire Sananikone, guitare
 Marie-Thérèse Grisenti, violoncelle


 






 Rafael Andia
 
Claire Sananikone
 
 
 France Clidat

 

 Carlos Marin

 
 

 

PROGRAMME

 

 


SALVADOR BACARISSE (1898-1963)


Compositeur et responsable musical à Madrid, animateur d'un "Groupe des 8" à l'imitation du "Groupe des Six" français, avant son exil définitif en France en 1939.

BALLADE pour guitare par Carlos Marín

 

 

 

   

 


ANTONIO JOSÉ (1902-1936)

Ce musicien très doué fut fusillé en octobre 1936 par la Phalange à Burgos. Ravel avait dit de lui : "...le grand musicien espagnol qu'attend notre siècle ..."

PAVANA pour guitare par Carlos Marín

 

   

 

 

 

LUIS CERNUDA (1902-1963)

Le poète dut fuir son pays en 1938. Il fit partie de cette génération d'écrivains exilés que l'on appela "la génération sans lecteur".

"1936" POEME par Evelyne Boix-Moles

 

 



   

 

PABLO CASALS (1876-1973)

Le grand Catalan, non seulement refusa toute proposition de retourner en Espagne, à l'instar d'un Picasso, mais renonça également à jouer du violoncelle pour marquer sa désapprobation du laxisme de la communauté internationale envers le nouveau régime espagnol.


EL CANT DES OCELLS pour violoncelle par Marie-Thérèse Grisenti

 

   

 

 

 

SABICAS (1912-1990)

Le plus célèbre guitariste flamenco de sa génération, exilé en 1937, resta à New York pendant 30 ans avant de revenir en Espagne.


FARRUCA"DELICADA" et SIGUIRIYA GITANA pour guitare flamenca par AntonioMaya

 

 


   


PABLO NERUDA (1904-1973)

Le poète chilien, ami de Garcia Lorca fut aussi un soutien actif et inconditionnel des Républicains espagnols.


"Plein Octobre" POEME par Evelyne Boix-Moles

 

   

 

 

 

RAFAEL ANDIA

INMEMORIAL " revolucionario"  pour deux guitares égales par Claire Sananikone et l'auteur
Œuvre écrite en utilisant des thèmes musicaux de la Guerre en Espagne de 1936-1939.

Videos en concert :



 

 

 

   

 

EDUARDO SAINZ DE LA MAZA (1903-1982)

Proche de la République contrairement à son frère Regino, il fut l'un des rares qui ne fut pas contraint à l'exil.


SOÑANDO CAMINOS pour guitare par Oscar Cáceres

 

   

 

 

 

 

MANUEL DE FALLA (1876-1946)

Ami de Garcia Lorca, il quitta l'Espagne en 1939 et refusa toute proposition de retour de la part du gouvernement victorieux.


HOMMAGE pour le Tombeau de Debussy par Oscar Cáceres

 

 

 

   

 


FEDERICO GARCIA LORCA (1899-1936)

Le "poète assassiné" par la Guardia Civil réalisa un accompagnement pour le piano de chansons anciennes qu'il rendit populaires dans le monde entier. Elles ont été reprises dans de nombreuses versions.


CANCIONERO pour guitare seule de et par J-Francisco Ortiz

 

Audio :
anda jaleo (extrait)

des "Canciones Flamencas Antiguas" pour deux guitares de Rafael Andia

 

   

 

 

 

 

 

ROBERTO GERHARD (1896-1970)

Élève de Granados et de Schönberg, résolument moderniste, ce compositeur très admiré fit partie du "Groupe des compositeurs Catalans indépendants" avant son exil définitif à Londres en 1939.


FANTASIA pour guitare seule par Claire Sananikone

 

 

 

   

 

EDUARDO SAINZ DE LA MAZA


HABANERA pour guitare par Tania Chagnot

   

 

 

 

MANUEL DE FALLA


ARAGONAISE, ANDALUZA ET DANSE RITUELLE DU FEU pour piano par France Clidat

 

 

 

   

FEDERICO GARCIA LORCA


POEMES par Evelyne Boix-Moles

 

 

 
 
   

 

 

 

14 avril 2007-14 avril 1931
 
Commémorer la République espagnole et ses idéaux ? La Guerre Civile et ses victimes? Ses déportés et maquisards, ses résistants? Rappeler les 36 ans de la dictature qui suivirent? Écouter et donner à écouter les sonores silences et les voix des artistes d'alors ?
 
Vivre, partager une mémoire c'est à dire un présent.

MUSIQUE ET POESIE veulent rendre un hommage attentif, reconnaissant, un hommage d'allégeance à ces femmes, à ces hommes pour qui " liberté", " justice" furent si peu paroles creuses qu'ils marchèrent vers l'exil, qu'ils risquèrent leur vie  - et la perdirent souvent - par choix de ce pain, de cette lumière dont nous sommes avides.
 
«Poésie nécessaire / Comme le pain de chaque jour »… disait le poète Gabriel Celaya.
 
Ce pain, cette poésie  - la construction d'une dizaine de milliers d'écoles en témoignent - la république espagnole tenta, de 1931 à 1936, de les inscrire dans le quotidien ; mais le putsch militaire de juillet mettait fin à cette étape de l'histoire d'Espagne ; et débuta, avec la Guerre Civile, puis avec la dictature de Franco, la série rouge des 380 000 à 451 000 morts qui s'ensuivirent.
 

Lorca ! Ton nom, ta poésie, ne moururent pas sous les balles du peloton : ton nom, ta poésie continuent à clamer en silence le demi-million de morts de cette lutte fratricide.
Miguel Hernandez ! Ton engagement, ta poésie ne moururent pas dans le froid de la geôle : ton engagement, ta poésie tremblent toujours dans les vertiges de la famine.
 
«¡No pasarán !» : le cri de résistance résonnait et résonne encore. Mais ce fut un autre demi-million d'Espagnols qui durent passer la frontière, quitter le pays.
Les « ¡No pasarán ! » d'alors paraissent aujourd'hui dérisoires. Ne sont-ils pas plus nécessaires, plus exigeants que jamais? "Caminante, no hay camino / se hace camino al andar" (Passant, il n'y a pas de chemin / C'est en marchant que l'on fait son chemin) avait dit le poète Antonio Machado qui mourra à Collioure peu de temps après avoir fui l'Espagne en 1939.
 
Oui, sans doute sommes-nous  - tous et chacun - voués à l'exil. Pour exprimer cet exil, un seul vers suffit à Vicente Aleixandre qui, justement, malgré ses idées de gauche, ne quitta pas l'Espagne après la Guerre Civile : "Nous sommes un éclair entre deux obscurités"… Certes. Et, sans doute, dans les quelques milliers de langues qui existent sur cette planète, en est-il une où "exil" et "homme" sont synonymes !
Quand à cet exil-là s'ajoute celui de l'histoire politique, la partition devra se jouer sans que l'exilé en connaisse forcément la clé. Un exil à la puissance 2 ?
Et pour le créateur qui, dans son propre pays, sait, jusqu'à la transformer en art, l'expérience de l'exil, qu'en est-il ? Plus d'aisance? Plus de malaise ?
"Ce qui m'intéresse, c'est d'être un homme " dira Albert Camus qui en connaissait long sur l'exil   - et qui soutint la cause des Républicains espagnols. Mais être un homme, dans ce cas, c'est aussi ne pas abdiquer par rapport aux exigences de l'art ; et l'exil, tout le moins au départ, desservira ces exigences par la disparition du terreau culturel habituel (respiration du quotidien, institutions, réseaux, milieu artistique…).
Cette Génération des Artistes de la République fut parfois considérée comme une génération perdue. Pour les écrivains, on parla même de "Génération sans lecteurs »…


Cernuda… En France, en Angleterre, aux Etats-Unis.., c'est en espagnol qu'il poursuivit l'accomplissement de son œuvre poétique. Le flux, les sonorités de la langue qu'il servait et qui le servait, il ne les retrouva qu'à la fin de sa vie… au Mexique !

Sabicas… Imagine-t-on ce que l'exil signifia pour le guitariste, star du flamenco des années 60-70 ? Comment, vécut-il la distance dans un New York aux antipodes de son feu d'origine ?

Manuel de Falla, Salvador Bacarisse, Roberto Gerhard … Comment avez-vous fait pour poursuivre sans plus jamais ouïr (sinon dans la mémoire du corps  - où entendre devient aimer-) ces rues, ces rythmes du quotidien et des siècles, cette musique des cris et des rumeurs ?

Et Antonio José?…


Maurice Ravel avait dit de toi "Le grand musicien espagnol qu'attend notre siècle…"
Inexistante à jamais ton œuvre.

Fusillés, tes 34 ans.



Guitares, guitares, vous que Pablo Picasso peint parce qu'il ne vous entend plus!


Les commotions comme celles de la Guerre Civile espagnole ne s'arrêtent pas, bien sûr, aux dates indiquées par les livres d'histoire…
On a dit du "Guernica" de Picasso, que c'était un des tableaux les plus bruyants qui soient. (Pourtant les siècles nous ont légué bien des images et chefs-d'oeuvre en ce qui concerne batailles, guerres…). Le peintre, établi à Paris depuis 1904, s'indigne du carnage et en fait le symbole d'une ère nouvelle où «l’homme est dépossédé de l’expérience par la catastrophe»*, une ère où vont bientôt surgir Hiroshima et Nagasaki…

D'autres destructions, cependant, d'autres luttes se livrent dans le silence des profondeurs : d'autres conflits qui, toujours, ne débouchent pas sur la vie. Claude Esteban qui avait un an, au début de la Guerre Civile, fut élevé, en France, en milieu bilingue. Dans un essai "Le partage des mots" au style plus transparent que le cristal, l'écrivain descend aux abysses de l'introspection pour expliquer la déchirure que fut pour lui d'avoir à choisir entre deux langues : la possession de l'espagnol et du français, richesse lorsqu'il s'agit simplement de communiquer, fut, pour le poète, un exil traumatisant, un drame. Nous savons, nous, lecteurs, que Claude Esteban sortit de ce drame par la porte de vie puisqu'il nous est donné de lire, par-delà la mort de l'écrivain, cette œuvre si subtile, ce témoignage de haute humanité (finalement écrite  - semble-t-il -  en français). Et nous songeons encore et encore à tous ceux pour qui la porte de vie ne s'ouvrit pas…; et nous comprenons tous ceux qui, comme Pablo Casals, firent de leur art, de leur vie, un engagement, un cheminement au service de la démocratie.(*)
 
“La poésie est une arme chargée de futur”, trancha Gabriel Celaya dans un texte que la voix généreuse de Paco Ibañez* – un autre enfant de la République – diffusa dans des milieux où, peut-être, les poèmes ne seraient jamais parvenus… Tout comme Federico Garcia Lorca, avec sa troupe ambulante “La Barraca”, porta les œuvres classiques du théâtre espagnol au devant des villageois, Paco Ibañez, choisit, dans le siècle d’Or espagnol des joyaux qu’il distribua à tous : Góngora, Quevedo brillèrent à nouveau de tous leur feux. Et, avec eux, Paco Ibañez chanta la lumière des poèmes de la République : Blas de Otero, Rafael Alberti, Miguel Hernandez, Luís Cernuda… Textes affirmant les valeurs humanistes, poèmes-cris ou … ciselures jusqu’à la beauté à vivre, à partager.


Pablo Casals, lui aussi convaincu du lien organique qui existe entre culture et démocratie, fit une arme de son violoncelle ; au cours de sa longue vie, le musicien, avec une foi inébranlable dans l’art et dans les valeurs qu’il peut transmettre, essaya de favoriser l’accès à la musique pour le plus grand nombre : il créera divers orchestres et associations de concerts, il jouera, lors de la Guerre Civile, dans des conditions mouvementées. Quant à ses enregistrements, ils seront toujours habités par cette énergie, par cet enthousiasme  – hors frontière –  de la vie qui croit, qui croît en la vie.
 
En admirant les œuvres d'art, nous nous émouvons de la justesse du discours de Miguel de Unamuno, philosophe et recteur de l'université de Salamanque ; discours qui répondait  en ces termes au "¡Viva la Muerte !" du Général  Milán Astray, fondateur de la Légion Étrangère :

"Vous vaincrez parce que vous possédez plus de force brutale qu'il n'en faut. Mais vous ne convaincrez pas".
 
       Vie !
Combien de mots, de silences agissent…
Combien de choix restent invisibles…
Combien de soldats des Brigades Internationales moururent au côté des Républicains pour un idéal qu'ils estimèrent digne…
Combien de réfugiés espagnols s'engagèrent, par la suite, dans la résistance contre l'invasion allemande…
Combien d'exilés à peine alphabétisés virent leurs enfants prendre le chemin de l'école…
Combien de mains tendirent le geste qui plus jamais ne s'éteignit.
Combien de peintres, musiciens, écrivains, sculpteurs, cinéastes, surent, envers et contre tout, répondre aux exigences de l'art et partager, avec tous et chacun, ces contrées qui élargissent notre perception, qui pulvérisent les frontières de l'espace, du temps, qui exilent l'exil et font naître le sourire, l'accueil...
 
"À l'expropriation de l'expérience, [l'art] répond en faisant de cette expropriation une raison de survivre."*

Refuser avec Manuel de Falla, élargir avec Pablo Casals, être libres avec Joan Miro, construire avec Luis Buñuel, persévérer avec Salvador Espriu, vivre avec Gabriel Celaya, créer avec tous et chacun, répéter :
 
"Poésie nécessaire / Comme le pain de chaque jour…"
 

Texte de Evelyne BOIX-MOLES