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"GUITAR"
Enregistrements exclusifs de musique contemporaine française




Tristan Murail, Tellur
Yoshihisa Taïra, Monodrame III
Michèle Reverdy, Triades
Philippe Drogoz, Prélude à la mise à mort
Claude Ballif, Solfeggietto

 

 

Audio : Prélude à la mise à mort (extrait)
 

   
   
 

Certaines des pièces présentées ici font appel à des techniques et des modes de jeu particuliers et parfois originaux, ce que Harry Halbreich a pu définir globalement comme "d'autres virtuosités".

Une première source de difficultés pour l'interprète réside dans l'acquisition pure et simple de ces nouveaux gestes, qu'il faut parfois pratiquer très longtemps, soit qu'ils fassent intervenir des mouvements des doigts en dehors des normes (ou même des doigts exclus du jeu standard de la guitare), soit qu'ils restent des gestes répertoriés mais poussés à leur limite (par exemple : "SOLFEGGIETTO", traits dépassant les trois octaves ; MONODRAME, arpéges "éclatés " en harmoniques artificiels, TRIADE, barrés prolongés dans le suraigu ...).

C'est dans TELLUR que I'on trouve le plus de modes de jeu atypiques, notamment le RASGUEADO des cinq doigts de la main droite et le RASGUEADO continu que je définis plutôt comme un "trémolo de pichenettes " ; tous deux issus du flamenco, ils mettent en jeu I'auriculaire (proscrit de la guitare classique) et exigent des mouvements exactement antagonistes de ceux de l'attaque habituelle. Ils sont également utilisés abondamment dans TRIADE mais parfois sur une ou plusieurs cordes intérieures, ce qui rend nécessaire, en outre, ce que j'appelle la "technique Wes Montgomery" (neutralisation " automatique " des cordes gênantes). À noter par opposition, le jeu RASGUEADO sans ongles dérivé du trémolo de I'archet (TRIADE).

L'intervention de l'index de la main droite sur la plaque des touches comme auxiliaire de la main gauche est un geste inhabituel mais simple ; visuellement expressif, il ajoute une dimension théâtrale au jeu de la guitare (TELLUR, doubles et triples trilles ; TRIADE, accords d'harmoniques à écho),

Une certaine façon d'effectuer des liés à partir des notes harmoniques permet d'obtenir deux sons multiphoniques très clairs sur une même corde : c'est ainsi que MONODRAME peut conclure sur un accord arpégé de sept sons.

D'autres procédé s ne s'intéressent plus à la différenciation des attaques, mais participent à la vie du son après l'attaque. Il en va ainsi de ces vibratos que sont l'oscillation de micro-intervalles (MONODRAME) et l'effet WHA‑WHA qui rappelle la guitare électrique (MONODRAME, TRIADE) et qui met en action une partie du pouce inutilisée jusqu'ici.

Une nouvelle problématique découle aussi directement des structures et des formes. Les cellules répétitives par exemple, exigent (quelquefois pendant de très longues durées) un legato, une homogénéité et une stabilité dans l'attaque sans précédent dans le répertoire (TELLUR, PRELUDE A LA MISE A MORT). Dans les formes dites "lisses" employés dans TELLUR, ce sont les transitions entre des formules aux doigtés parfois très différents que le guitariste doit traiter en "fondu enchaîné" de façon à ce que ces transitions soient imperceptibles à l'audition, Ceci induit une dimension supérieure de la technique : il ne s'agit plus d'articuler des sons individuels successifs, mais de gérer la juxtaposition et même la superposition d'ensembles autonomes de sons, c'est‑à‑dire de "couches de sons".

D'autres types de difficultés surgissent de la matière sonore elle‑même, des univers inhabituels que le guitariste doit habiter. Dans le PRELUDE A LA MISE A MORT où douze aiguilles à tricoter sont employées, on doit faire face à une spatialisation du son et à des timbres inconnus à la guitare, sans parler de la gestuelle qui relève des instruments à percussion, Les quatre autres œuvres demandent des SCORDATURE non classiques, qui perturbent le paysage harmonique de référence du guitariste, et qui parfois évoluent en cours d'exécution (TELLUR, MONODRAME, SOLFEGGIETTO), Dans MONODRAME, comme conséquence de I'emploi d'un "capodastre sélectif ", certaines cordes à vide se retrouvent plus courtes que les autres, ce qui change la place des sons harmoniques (et incidentalement permet d'obtenir de véritables CLUSTERS de six demi-tons consécutifs pour la première fois à la guitare).

Enfin, un mot sur le problème de la mémorisation : j'ai toujours regardé l'exécution de mémoire comme essentielle à l'achèvement de la forme pour une œuvre, Dans ce sens, certaines des pièces de cet enregistrement ne posent pas de problèmes particuliers (MONODRAME, TRIADE, SOLFEGGIETTO). En revanche, dans TELLUR et dans PRELUDE A LA MISE A MORT, la forme est davantage sous-- tendue par la notation elle même ; j'ai préféré garder au contraire un contrôle visuel sur la partition afin de mieux cerner cette corrélation.

Rafael ANDIA (1990)

 


Critiques

 

 

American Record Guide

I have decided io include in, this overview a record by a little known name in America, Raphael Andia. I've only been familiar with this guitarist through his. early music record of Robert De Visée's 5-course guitar suites, a landmark achievement that I consider the finest single document on the baroque guitar available. Dare I say he's done it again, only this time with six strings? Most early music practitioners make unconvincing guitarists, yet Andia clearly can walk. (strut !) both sides of the street.
The assemblage of French commissions by Andia on this disc adds up to the most substantial group of compositions for guitar on one record since Bream's mid-70s documents of the British scene. (Curious that there's a common thread among the composers on this disc - they've all studied with Messiaen.) Of the four discs surveyed here, Andia's is by far the experimental one, pushing the guitar to unheard limits of sound, virtuosity, and drama. The expansive sound masses Tellur, byTristan Murail, open the. disc and also open wide the ears. I thought Leo Brouwer had taken Ligeti's micropolyphony as far as it could go on guitar, but Murail's scordatura and Andia's tremendous rasgueados combine to produce a sound as dense and nearly as big as Ligeti's orchestrations. Andia's powerful strumming would lead me to believe that this talented fellow would also make a damn good flamenco guitarist - an observation confirmed by the liner notes: Andia did indeed travel to Spain at the age of 18 in search of its folk traditions. Monodrame III, a prepared-guitar piece by the Japanese-born, French-educated Yoshihisa Taïra, is a better composition for guitar than most of Takemitsu's. Many quarter-tone bends are produced in its poised and refined language, and a special capo is used so that the guitar's arpeggios sound like a koto. Michele Reverdy.'s, Triade use many tricks yet not one gimmick. A subtle grande ligne spines through the work's many glissandos and pizzicatos, producing, for all its agitation and excitement, a composition of utmost formal balance. Claude Ballif's suite consists of brief, condensed observations, very French and very lyrical. Discernable is some of the terse melancholy found' im FalIa's Homanaje, (Ballif has said that while composing the Solfegietto, he fancied "the scorched image of Manuel de Falla".) Most unexpected is the .rhapsodic prepared-guitar piece by Philippe Drogoz, Prélude à la mise à' mort. The devices attached to the guitar, make it ring with gamelan effects, not unlike John Cage's Sonatas for prepared piano. This major work, at once exotic, percussive, and pointillistic, drew me into a whole world I never imagined could exist on the guitar, and Andia's inventive musicality with the piece just made my head spin.
Andia has created the single most impressive contemporary guitar record I have heard. His expressivity, his virtuosity, and his intelligence make Mikulka sound like he's breaking strings and Starobin like he's sight-reading for the first time (don't get me wrong - I cherish both men's playing). Andia is above all else a profound communicator and what he communicates is passion. He plumbs the depths of the guitar's soul as few ever have.
The recording itself is just as perfect- a brilliant, natural, full-bodied sound.
ELLIS

 


 


 

Diapason




Quel bonheur de recevoir un si beau disque de musique contemporaine pour guitare ! Pour commencer. .1'étonnant Tellur de Murail, peut-être la pièce la plus surprenante et la plus originale du programme. Mais on ne peut dissocier la beauté des partitions de l'intelligence musicale exceptionnelle de Rafael Andia. Après un travail intensif avec chacun des compositeurs l'aspect apparemment anti-guitaristique semble se renverser en un jeu précisément très instrumental, ce qui est une prouesse formidable. En cela, Andia marche sur les traces de Segovia, soucieux également d'obtenir de ses contemporains des pages écrites pour la guitare…
Rafael Andia, dans ce répertoire il atteint vraiment la maîtrise totale de son art.
ALEXANDRE PERRIN

 

   
 

Gendaï Guitar

 

 

La Lettre du Musicien n°99

Les cinq pièces rassemblées ici, dues à Tristan Murail, Yoshihisa Taïra, Michèle Reverdy, Philippe Drogoz et Claude Ballif, témoignent de l’indéniable renouvellement opéré, depuis le début des années soixante-dix, dans le répertoire de la guitare. Plusieurs des œuvres présentées ici utilisent en effet des modes de jeux inhabituels, qui définissent un nouveau type de virtuosité pour cet instrument. Sous cet aspect, Tellur (1977) de Tristan Murail est assurément l'œuvre la plus saisissante, puisqu'elle intègre à ses évolutions continues chères à la musique spectrale, aussi bien certaines techniques issues du flamenco que des passages bruités ou des sons harmoniques, et même le son << normal >>. Toutes nouveautés particulièrement bien mises en valeur par Rafael Andia - d'ailleurs créateur, voire dédicataire, de la plupart de ces pièces.
Guy Lelong

Compact

Admirable et courageux interprète que le guitariste Rafael Andia! Bien loin de toutes facilités, des concessions les moins manifestes, il nous offre un remarquable mini-panorama de l'écriture pour guitare seule de quelques-uns de nos plus remarquables compositeurs de la jeune génération. Au titre de "classique", de "compositeur de référence", - est présent Claude Ballif (né en 1924), professeur de composition au Conservatoire. Son cycle Solfegietto n°6 appartient à une série d'oeuvres destinées à des instruments solistes et à des fins didactiques. Cela ne l'empêche nullement de faire avant tout œuvre de compositeur, dans cette suite d'une écriture sensible et raffinée où les recherches sonores ne sont jamais une fin mais un moyen.Sans doute, parmi les autres oeuvres convient-i1 de distinguer tout particulièrement la magnifique pièce de Tristan Murall, Tellur, d'un flamboiement presque ibérique et d'une rare puissance sonore, détruisant 1'idée de la fragilité de l’nstrument; rite, incantation, le titre parle de lui même. A l'opposé, Monodrame III de Yoshihisa Taïra énonce une gravité et une lenteur toute orientales, nourries de références discrètes à la musique traditionnelle, mais cependant traversées de quelques fulgurances aussi rapides qu’éphémères.Michèle Reverdy manifeste également une vive sensibilité dans Triade, en même temps qu'une virtuosité de haut vol. Seul, Philippe Drogoz dont on découvre ici le Prélude à la mise à mort est un habitué de l’instrument pour lequel il a déjà composé de nombreuses oeuvres, tout en ayant travaillé dans le domaine é1ectro-acoustique; sa pièce est la plus riche sur le plan d'un renouvellement radical de l'écriture pour la guitare.La quasi totalité de ces oeuvres sont dédiées à Rafae1 Andia qui pénètre admirablement l’esthétique de chacune. Là encore, 1'interprète se fait l'égal du créateur par l’exceptionnelle maîtrise déployée à restituer des univers sonores aussi divers.
Jacques Di Vanni

Les Cahiers de la Guitare 1991

Après son enregistrement des pièces d'André Jolivet (1). qu'il a contribué à faire connaître, Rafael Andia s'est attaché à graver les oeuvres les plus récentes qui lui ont été dédiées par des compositeurs contemporains, Tristan Murail, Yoshihisa Taïra, Michèle Reverdy, Philippe Drogoz et Claude Ballif.Ce disque. quoique. consacré à une période assez restreinte (1973-1988) offre un éventail de styles différenciés - recherches formelles. stylistiques, instrumentales. spectrales (2), volonté d'assimilation de cultures extra-européennes - qui témoignent d'une profonde richesse.Tristan Murail s'inscrit au sein d'une tradition musicale française, dans la lignée de Ravel, pour ses recherches sur les couleurs harmoniques (prises au sens large) intégrant jusqu'au bruit d'attaque (3). Elément important de l’enveloppe sonore propre à chaque instrument, ce matériau unique, ici à la guitare, permet l’exploitation systématique d'une dimension un peu délaissée. Son traitement continu typique du style de T. Murail, que l’on écoute Mémoire-Erosion, Gondwoma, ou Désintégrations, et qui engendra l’Ecole dite "spectrale", confère à la guitare un caractère symbolique neuf : celui d'un instrument qui peut joindre en un même geste la violence extrême et le raffinement. Tellur depuis sa création par Rafael Andia en 1977, reste très original et d'une grande force expressive.Monochrome III de Yoshihisa Taïra est une longue méditation à partir de larges échelles, de heurts rythmiques etc., qui se développent d'abord indépendamment les uns des autres puis rivalisent et empiètent sur le domaine respectif de chacun. Tout cela crée une lutte et une tension qui captent l’attention.Triade de Michèle Reverdy, seconde pièce pour guitare de cette compositrice, joint, mais d'une façon différente de celle de Murail, les sons inharmoniques (proches du bruit) au timbre standard prolongeant le discours en des résonances fantasmatiques. La pièce avec ses motifs qui reviennent inéluctablement (on entend une citation du premier mouvement de La Mer de Debussy !?) est clairement découpée en deux parties complementaires : l'une foisonnant de motifs,. toute pétillante, l’autre plus harmonique et stable. respectant l’idée "photographique" du négatif et du tirage (positif).361 AND Prélude à la mise à mort de Philippe Drogoz est écrit pour guitare préparée avec des aiguilles à tricoter coincées entre les cordes notamment traitée alors d'une façon très impressionnante comme un instrument de percussion en metal (sons de cordes qui frisent, résonances de gongs), et en bois (coups frappés sur la table). On pense d'emblée à la musique balinaise, avec sa pulsation rythmique obstinée et ses jeux d'accents rythmiques et de timbres qui é1aborent le phrasé. La tension accumulée se libère soudainement... dans le néant.Soffiegietto n°6 de Claude Ballif, oeuvre difficile de prime abord. trouve toute sa clarté d’expression et de construction dans cet enregistrement. L’apparent morcellement des phrases. en touches de couleurs malaisées habituellement à saisir, se voit ici soudainement articulé lumineusement autour de notes pivots (harmoniques, notes tenues). La structure ressort alors lisiblement et les très courtes citations espagnoles surviennent comme un clin d’oeil. Cette pièce apparaît ainsi telle de grandes colonnes ciselées d'arabesques, de grands plans harmoniques brodés de motifs mélodiques.Voilà un beau programme donc et remarquablement interprété : Rafael Andia démontre à quel point la clarté formelle est indissociable d'une bonne perception, combien aussi le langage musical des oeuvres qu'il défend est structuré et ainsi. combien la musique moderne a besoin d'être jouée intelligiblement pour ne pas dire intelligemment : le peu de références en effet sur lesquelles on puisse se baser dans le domaine contemporaln ne permet pas à l'interprète de se servir seulement de poncifs pseudoexpressifs (rubato, vibrato, contrastes f, p au hasard).L’intelligence de l'interprétation est donc là mais aussi l’expressivité des intonations d'intervalles, le sens dynamique... C’est un bon disque pour les amateurs de musique et de guitare aux multiples facettes.Un petit regret: les plages entre les différentes œuvres sont trop courtes !(disque Sappho 590019 AD 184)
Alain RIOU

 

 

Répertoire n° 32, p. 78 , 8/10

Enregistrement acoustique de Premier ordre : voluptueux en un mot. Excellente initiative d'un guitariste qui veut sortir des sentiers battus. On remarque surtout "Monodrame" de Taïra et "Solfegietto" de Ballif.
J. Vermeil



 
Amazon.com April 19, 2003
guitar music and guitar playing at their very best      

Reviewer:  A music fan

Maybe the best guitar CD ever recorded. it is extremely rare to find a guitar CD with works from first class present-day composers such as T. Murail,C. Ballif and Y.Taira.The works presented in this recording are not the usual ,typical works written "for the guitar",that don't mean much to contemporary music lovers. Here we have five composers whose main concern is to write good music and bring something new to the repertoire. Five works ,each one very different from the other, from the spectral sounds of Murail, to the romantism of Ballif,while passing from the percussive world of Drogoz, the CD offers several musical journeys, that prove that the guitar has many possibilities, if only the composer is there to take advantage of them. And it's not just the quality of the works. the playing is absolutely amazing. R. Andia gives new meaning to the word "interpreter" : flawless technique, incredible sound quality, deep understanding of the music (written especially for him), and a personal unique style that few (if any...) can claim to own.

A "must have" for the lover of good contemporary music and for all the guitar fans around the world that are tired of listening to guitarists that play the same things again and again.